Les opposants au GCO se préparent pour la rentrée. Alors qu’ils soufflaient le 14 et 15 juillet dernier la première bougie de la Zad du Moulin (voir ici) et qu’ils comptent fêter la 3e édition du Festival du Bishnoï lors de l’arrivée finale de l’AlterTour en Alsace le 23 au 25 août, une nouvelle crainte survient en cette fin de période estivale.

Alors que les habitants de la « ZAD (zone à défendre) du Moulin » de Klobsheim sont expulsables à tout moment par les forces de l’ordre, et alors que l’avis de la dernière enquête publique obligatoire a été rendu (et est défavorable au projet d’autoroute, tout comme 4 avis précédents de la part d’instances « officielles » comme CNPN (comité national de protection de la nature), la lutte continue pour les anti-GCO, avec une mobilisation prévue place Broglie à 8h30 le 28 août prochain (demain). Petit tour d’horizon de ce gros projet controversé et qui pourrait faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal à la région, en fonction de qui on écoute.

Le projet d’autoroute de l’entreprise multinationale française Vinci/ARCOS a déjà pris plusieurs mois de retard sur son calendrier initial. Pour que les travaux puissent se faire, le préfet du Bas Rhin doit délivrer une autorisation unique, après un avis du CODERST qui devrait se réunir le 28 août (conseil départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques).

Le CODERST est un groupe d’experts, de fonctionnaires et de citoyens. L’avis de ce conseil n’est que consultatif, c’est-à-dire que même s’il est négatif (à l’instar du résultat de 7 autres instances, ne serait-ce que cette année), le préfet pourrait passer outre, en obéissant à ce que les opposants qualifieraient d’un « ukaze » gouvernemental (voire d’un « déni de démocratie »), et tout de même autoriser la réalisation du projet.

C’est en tout cas la peur des militants, notamment de Daniel Reininger, président d’Alsace Nature, mais aussi Dany Karcher et Luc Huber, les maires de Kolbsheim et Pfettisheim, tous les trois membres du collectif GCO-NonMerci. « Il est désormais admis que le GCO n’est plus qu’un projet économique. Les élus ont avoué que la réduction de pollution ou le désengorgement de l’A35 n’est plus l’objectif du GCO. De plus, vieux de 40 ans, il n’a jamais réellement pris en compte les problématiques d’aujourd’hui et encore moins celles de demain. Il est obsolète.»

Mais le GCO kécesé ?

Le Grand Contournement Ouest est un projet d’autoroute 2×2 voies payantes de 24km de long à l’Ouest de Strasbourg. C’est un projet de longue date dont l’objectif était notamment de désengorger la partie Strasbourgeoise de l’A35 et diminuer le passage en ville. L’A35 est une des plus fréquentées de France avec plus de 160 000 véhicules par jour dont près de 10% de poids lourds.  L’idée du GCO a germée dans les années 70 et a subi de nombreux rebondissements entre temps. Parfois abandonné, parfois relancé, il est aujourd’hui bien à l’ordre du jour. Il devrait coûter 750 millions d’euros à réaliser, d’où l’idée de l’État de passer par un concessionnaire privé (Vinci) ce qui impliquera un péage sur l’éventuelle future autoroute.

Le GCO, futur « couloir à camions » ?

Un collectif « GCO Non Merci » (composé notamment d’Alsace Nature, de la Confédération Paysanne, des Jeunes Ecologistes d’Alsace, de 22 communes environnantes et d’autres associations, d’habitants et agriculteurs) existe depuis 2003. Au cœur de ses préoccupations : l’impact écologique du projet. Le Grand Hamster d’Alsace, espèce menacée (qui revoit heureusement sa population grandir depuis quelques années) pourrait s’éteindre si le GCO voyait le jour selon les opposants au projet. C’est également (et surtout) plus de 300 hectares de terres agricoles et de forêt qui seraient sacrifiées au profit du béton, dont un « poumon naturel » de la région coupé en deux. Autre argument, le bien-être des habitants de villages environnants. Plusieurs villages seraient à moins de 500m de la nouvelle autoroute. La pollution sonore et de l’air en jeu risque de déplaire fortement aux habitants, d’où le soutien de quelques maires à la ZAD du Moulin résultant dans une étrange association (les clochers de certains villages sonneraient pour alerter de l’arrivée des équipes de Vinci). Le 12 juin dernier, 70 médecins Strasbourgeois alertaient eux aussi sur la pollution de l’air dans une tribune parue dans les DNAs. Le GCO est qualifié de « fausse bonne solution », voire une « erreur aberrante » dans cette même tribune.

La CCI de Strasbourg et du Bas Rhin soutient activement le projet, d’où la manifestation récurrente des opposants devant leur siège. Les Pro-GCO estiment à plusieurs centaines les emplois directs sur 3 ans que nécessiterait la construction du GCO, à plusieurs dizaines de millions d’euros d’économies sur le transport lié au gain de temps et aux dépenses liées aux accidents. Selon eux le GCO permettrait de diminuer efficacement les bouchons réguliers sur l’A35 et de faire gagner du temps (et donc de l’argent) à tout le monde tout en réduisant la pollution liée aux embouteillages. L’A35 devrait également être partiellement requalifiée en « boulevard urbain », permettant des constructions aux alentours et, dans l’idée, obliger un trafic moins important.

Le GCO en quelques dates :

1973 : le GCO est inscrit dans le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de Strasbourg et dans le programme d’action prioritaire d’intérêt régional

2007 : Avis favorable de la commission d’enquête avec des réserves, lancement du premier appel d’offre pour le projet

2008 : Le GCO déclaré d’utilité publique avec signature du décret en Conseil d’Etat

2012 : Vinci désigné comme concessionnaire pressenti, adoption du projet par la CUS, vote de 30 millions d’euros de financement public au projet par la région Alsace et le Conseil général du Bas Rhin. Vinci n’est plus concessionnaire pressenti, faute d’autres appuis financiers. La CCI lance une campagne GCO2016tousgagnants.

2014 : début de l’installation des cabanes anti-GCO dans plusieurs villages

Fin 2015 : Vinci désigné définitivement comme concessionnaire

2016 : inauguration de la Reserve du Bishnoï, l’espace qui deviendra par la suite la Zad du Moulin, premières « confrontations » et perturbations et blocages des travaux préparatoires, manifestation de 3500 personnes à Strasbourg

2017 : 3 avis négatifs du Conseil National de Protection de la Nature (dossiers Vinci + SANEF)

2018 : deux habitants de la ZAD condamnés à de la prison avec sursis, tous les ZADistes sont  expulsables, quatrième avis négatif d’une enquête publique sur le projet du GCO

Dernière actualité – 28 août 2018 : Réunion du CODERST sur demande du préfet, mobilisation des anti-GCO prévue place Broglie

Bref, affaire à suivre…

Visuels: Site et Facebook GCONonMerci

Photo de couverture: Martin Lelievre pour Pokaa.fr

Plus d'articles