Parce que le Racing est porté par beaucoup plus de personnes que les seuls joueurs de foot, Pokaa vous propose une série de portraits sur ceux et celles qui font vivre le club et transmette son esprit. Aujourd’hui, on vous présente Jonathan Helbling, journaliste à Canal Racing.

 

Note du rédacteur : Si vous voulez lire le premier portrait, c’est ici.

Deuxième note du rédacteur : Jonathan travaille pour Canal Racing et Alsa’Sports. Pour le portrait, je me suis concentré seulement sur Canal Racing.

 

Lorsqu’un club touche le fond, on remarque vite qui était là pour le spectacle, et qui l’était par amour. Le Racing Club de Strasbourg est descendu très bas en 2011, jusqu’à la CFA 2, aujourd’hui National 3, le cinquième échelon national. Autour du club, il n’y avait plus de président, plus d’argent, mais il restait des supporters : des passionnés, des amoureux, des fous du Racing. Avec une seule envie : aider le club, quelle que soit la manière.

Un projet de passionnés qui a pris des proportions insoupçonnées

Quand je rencontre Jonathan dans les bureaux de Canal Racing, pas besoin de chercher très loin : j’ai en face de moi l’exemple-type du passionné du Racing. L’idée de lancer Canal Racing vient d’ailleurs de la tristesse de voir son club de toujours dépérir : « Ça me prenait presque trop aux tripes, j’étais triste de voir ce Racing mourir et que personne ne réagissait. »

Si Jonathan décrit son expérience en parlant à la première personne, il me fait bien comprendre que le projet n’est pas uniquement sien, mais d’abord une idée de potes : « Avec Max et Romain, on a décidé de fonder un média qui suivait le Racing au plus près. Je suis dans une autre dimension à l’époque, jamais je pense que je vais pouvoir en vivre, c’était par passion ; à la limite, Max Romain et moi, on s’était dit que ça ferait un petit à côté. » La progression s’est faite doucement, mais sûrement. « On a d’abord eu une page Facebook, puis on a commenté les matchs du Racing sur Radio Arc-en-ciel à l’époque, et derrière c’est monté crescendo. Ça prend des proportions que jamais j’aurais pu imaginer. »

En effet, Canal Racing possède aujourd’hui comme parrain Pierre Ménès, qui propose une analyse hebdomadaire du match du Racing. De plus, il y a cette année au sein de l’équipe Jacky Duguépéroux (ancien entraîneur du Racing, de 1995 à 1998, puis de 2004 à 2006 et de 2014 à 2016, ndlr), une personne que Jonathan estime énormément. Petit média devient plus grand, avec l’arrivée des investisseurs Jean-François Haller et son fils Philippe (gérant d’Alsa’Sports Médias, ndlr) en septembre 2017.

De la difficulté d’être un nouveau média

Si la petite entreprise est désormais en train de grandir, elle a tout de même connu la crise. Deux ans après sa création, le projet aurait pu très vite tourner court. Loin de se décourager, Jonathan a décidé au contraire d’y aller all-in : « J’ai mis toutes mes économies, tout ce que j’avais sur mon compte bancaire, j’ai tout investi dedans ». Comme il le dit lui-même : « Ma vie a pris un grand coup dans la gueule à ce moment-là ». Avec néanmoins toujours ce projet comme phare dans la nuit : « J’y ai toujours cru, et on a tenu deux ans grâce à ça ».

Il faut dire que quand tu es un média qui n’a pas la lumière ou les moyens des « gros », il est plus difficile de se faire une place au soleil. Et le Racing n’est pas vraiment aidant pour les nouveaux médias, même pour ceux qui étaient là quand plus personne ne s’intéressait au club. Quand je lui demande ses relations avec le club, Jonathan me regarde amusé, comme si j’avais sorti je n’aimais pas les flams (j’adore les flams, ndlr). « On n’a pas de relations avec le Racing, en tant que média. Mais quand il faut échanger avec le club on le fait. On a des ententes cordiales quoi. J’ai pas envie de mentir ou d’en faire trop, donc voilà. » Alors qu’ils s’appelaient encore récemment RCS Live, ils ont dû changer de nom, devenant ainsi Canal Racing, le 29 juin 2018. Que l’on se rassure néanmoins, tout a été fait « à l’amiable avec le Racing Club de Strasbourg. » Si c’est pas beau l’entente cordiale.

« Le téléphone n’arrête pas de vibrer : c’est du non-stop »

Cette constante difficulté d’obtenir des contacts officiels avec le Racing ne décourage clairement pas Jonathan, mais elle n’arrange pas sa vie de tous les jours. Quand je lui demande de me donner sa journée type, Jonathan me répond du tac au tac en souriant : « Si tu veux, je te donne le numéro de ma copine et tu peux lui demander ce que c’est (rires). Non mais tu te lèves, tu fais de la veille pendant ton petit dej, t’arrives au bureau à 9h30, tu repars le plus souvent 19h, parfois à minuit. » Jonathan ne possédant pas encore de carte de presse, ce qui le prive de liens direct avec le club, il est obligé d’user et abuser de la reprise. « On peut nous reprocher de faire de la reprise » remarque-t-il d’ailleurs, « mais la reprise, quel média n’en fait pas de un, et puis on apporte un contenu supplémentaire. »

Jonathan doit donc user de la diplomatie du contact et redoubler d’ingéniosité pour proposer du contenu. Il n’a donc pas de journée type, puisque toute sa journée est impactée par ce qu’il se passe autour de lui, mais il est constamment connecté : « Le téléphone n’arrête pas, c’est du non-stop. » Durant toute la durée de l’interview d’ailleurs, le sacro-saint bruit du vibreur se manifestera plus d’une fois. Il faut dire que Jonathan est un homme occupé, et résolument prolifique. Canal Racing sort en effet énormément d’articles par jour, auxquels on doit rajouter le nouvel effort demandé par de la Web TV.

Même s’il habite Benfeld, que les locaux de Canal Racing sont à Sélestat, et qu’il n’a plus trop le temps de vivre, Jonathan continue d’aimer sortir à Strasbourg. « Ah Strasbourg y a plein de choses. Depuis deux ans, avec mon meilleur pote on va au Barberousse. Y a aussi des endroits drôles, comme le Café des Anges, les Aviats… Après, comme j’aime bien manger, je vais souvent à La Casserole, un restaurant gastronomique qui est tenu par un fan du Racing, et un bon pote à moi. » Même dans une interview qui lui est consacrée, Jonathan reste toujours dans l’idée de mettre en avant les gens proches de lui, sans réellement oser se mettre lui-même en avant.

Canal Racing, toujours proche de ses supporters

C’est sans doute cette humilité et cette disponibilité qui lui permettent d’entretenir une forte relation de proximité avec la communauté de supporters de Canal Racing. Tout simplement parce que c’est celle qu’il a tissée depuis maintenant sept ans : « Ça a été notre force avant, j’ai pas envie qu’on se ferme à ça, j’ai envie qu’on reste pareil. On est les mêmes, en mieux. » Cette idée de ne pas oublier d’où l’on vient officie comme valeur cardinale : « Ce n’est pas parce qu’on veut devenir des pros qu’on va devenir distant avec les supporters. Mi-septembre, tout sera bouclé pour la saison. On sera rodé. » promet-il.

« On a un très bon rapport avec les supporters. » ajoute-t-il. « On nous remercie encore aujourd’hui de ce que l’on a fait, quand on était en CFA2. Il y a une certaine forme de reconnaissance. Après, évidemment, les supporters peuvent aussi être un peu trop exigeants, ils veulent du Bein, du Canal… Nous on ne peut pas arriver à la semelle de ces choses-là, pour le moment. » Une exigence parfois trop poussée, mais qui motive tout de même Jonathan et l’équipe de Canal Racing à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Le studio où se déroulent les émissions estampillées Canal Racing

« On veut grandir. Il y a une vraie volonté d’aller beaucoup beaucoup plus loin. » Ce n’est pas si souvent que les actes suivent la parole. Depuis le début de la saison, Canal Racing propose désormais plusieurs émissions. Un avant-match le jeudi, un après-match le lundi, mais également une émission centrée sur le jour du match du Racing, en pur direct. La première contre Bordeaux a d’ailleurs été une réussite, alors que la forme finale reste à retravailler. Néanmoins, Jonathan sait ce qu’il veut : « Moi j’ai envie de direct, j’ai envie d’excitation, j’ai envie que les gens puissent interagir avec nous tout le temps. »

Un supporter qui a fait de sa passion son métier

Cette envie de faire plaisir aux supporters vient peut-être du fait qu’avant toute chose, Jonathan est un supporter du Racing, et ce depuis 1995. La beauté de son travail fait que « aujourd’hui justement, ces joueurs-là, ceux qui nous faisaient rêver, on échange avec eux toutes les semaines. Pour le supporter que je suis, c’est hyper excitant et faut pas que ça s’arrête. » Pour lui, les années de remontées possèdent d’ailleurs une saveur particulière, et pas seulement parce qu’elles marquent le début de l’aventure Canal Racing. « Je pense que l’année de CFA2 a été humainement plus que fantastique. Il y avait une proximité avec les joueurs, le club était devenu familial donc forcément ça donne des étoiles dans les yeux. » Puis l’année dernière, c’est le match contre Lille qui lui a remplacé les étoiles par des larmes (premier match du Racing en Ligue 1 à la Meinau depuis 10 ans, ponctué d’une victoire 3 à 0 dans des conditions rocambolesques, ndlr). « Quand j’ai vu les joueurs monter sur la pelouse, quand j’ai vu ce drapeau Ligue 1, ouais, j’ai eu la chair de poule. Ce retour il était attendu depuis tellement longtemps. C’était un aboutissement. Strasbourg, c’est 100% émotion de toute façon. »

Revivez avec plaisir le retour du Racing en Ligue 1

« Marc Keller, c’est l’homme de la situation »

Quand je lui demande ce qu’il pense de l’évolution du Racing, Jonathan évoque le respect qu’il a pour Marc Keller. « Marc Keller, c’est un très bon, c’est un premier de la classe. Il sait ce qui est bon pour le club, il sait ce qui est bon pour la ville, il sait ce qui est bon pour la région. En plus, il a une chance inouïe d’avoir son frère François qui gère le centre de formation, et qui est un homme en or, je pèse mes mots. Donc pour moi, Marc Keller, c’est l’homme de la situation. » En outre, la stratégie de Marc Keller concernant la diversification du public à la Meinau trouve un écho aux oreilles de Jonathan. « C’est important de laisser la porte ouverte aux femmes et aux jeunes dans les stades. Je vois pas ce qui empêche une femme d’aller regarder un match de foot. Comme on avait pu voir à Lyon la banderole « les femmes à la cuisine », je cautionne pas. En 2018, faut un peu arrêter quoi. »

Un stade qui va bientôt changer

Par ailleurs, tout comme Jean-Luc Filser, il n’a pas digéré le virage raté par Strasbourg lors de la Coupe du Monde 98. « J’avais que 14 ans mais j’ai encore de la rancœur par rapport à ça. » Le projet du nouveau stade est dès lors une priorité : « Je pense que la Ville a bien compris cela, et Alain Fontanel, avec qui j’ai de bonnes relations, l’a bien compris aussi. » Une nouvelle fois comme Jean-Luc, l’évocation de la politique amène une explication, comme si dire quelque chose de politique alors que l’on est dans le milieu du sport était une mauvaise chose : « Moi la politique c’est pas mon truc hein. »

 

Pour finir l’interview, à ma fameuse question de la place à laquelle le Racing va finir cette année (je me dis que si je continue cette série longtemps, ça va être de plus en plus simple de pronostiquer, ndlr), Jonathan me prévient immédiatement : « Moi je ne suis pas bon en prono. Parce que je suis pas objectif. Je vois le Racing gagnant à tous les matchs, mon cœur me dit ça. Après, cette année on a vraiment de la qualité, et un vrai état d’esprit. » En bon optimiste qu’il est, il pronostique alors une place entre la 10ème et la 12ème. Pour une seule et bonne raison : « Parce que cette équipe elle est belle ! »

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