Bien sûr, vous connaissez la rue des Juifs ; sa boutique Nespresso, son Herboristerie suisse et son Académie de la bière. Mais vous êtes vous déjà arrêtés au niveau de la librairie de la Jument Verte et avez-vous déjà fureté dans la petite rue des Charpentiers ? Non ? Alors tendez la main, Pokaa vous emmène découvrir un trésor archéologique bien gardé : le miqvé médiéval de Strasbourg.

Pour cela, il vous suffira de franchir la porte d’un immeuble sis au 20 de la rue, anodin à première vue, de saluer Jacques, prêt à répondre à vos questions, et de descendre un petit escalier en colimaçon.

Un miqvé ? Mais kekecé ?

Miqvé (ou mikvé) en hébreu signifie « rassemblement d’eau » ou « bassin ». Mais attention, ne vous attendez pas à découvrir une piscine qui vous aurait été jusqu’à alors cachée ! Le miqvé est un bain rituel dans lequel seules les femmes juives pouvaient se baigner et ce lors d’un rituel de purification. En effet, sept jours après ses règles, la femme devait se laver soigneusement puis s’y immerger entièrement (jusqu’à la pointe des cheveux!) avant d’avoir la moindre relation sexuelle avec son mari. Les hommes très religieux utilisaient également le miqvé pour se purifier avant d’entreprendre des tâches importantes, comme écrire un rouleau de Torah.

Quand une communauté juive s’installait dans un espace géographique, c’était la première chose qu’elle construisait, avant même la synagogue, car le bain rituel est le prélude à toute procréation. Celui-ci fut construit aux alentours de 1200, au début de l’installation des juifs dans le quartier. L’avantage indéniable du lieu était qu’il pouvait être alimenté par la fameuse nappe phréatique qui coule sous le centre de la ville et dont l’eau ne dépassait jamais les 10°C. Je vous rassure tout de suite, on y ajoutait en général de l’eau chaude !

Une plongée au sous-sol pour remonter l’histoire

Quelques marches permettaient de descendre dans le miqvé proprement dit, qui est le petit carré creusé qu’on aperçoit quelques mètres en contre-bas. En levant la tête, on aperçoit une sorte de cavité. Cela permettait certainement de recueillir l’eau de pluie et il n’est pas impossible que l’endroit fut utilisé également comme puits par la suite.

On peut supposer que son utilisation ne survit pas après 1349, date du pogrom de Strasbourg lors duquel plusieurs centaines de juifs furent accusés de propager la peste puis brûlés dans leur cimetière communautaire, aujourd’hui la place de la République…

Le hasard fait bien les choses

Le miqvé fut découvert complètement par hasard en 1985 lors de travaux de rénovation dans ce pâté de maisons qui avait abrité les locaux de l’imprimerie ISTRA pendant près de trois cent ans. Des fouilles de sauvetage permirent ensuite de l’aménager et cela fait vingt ans qu’il est ouvert à la visite. Ces dernières semaines, la mairie a souhaité le remettre en valeur : peinture fraîche, éclairages, panneaux explicatifs. De quoi vous donner envie d’aiguiser votre curiosité historique !

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Le miqvé, situé au 20 rue des Charpentiers, est ouvert au public tous les dimanches de juillet et août, de 10h à 12h. Entrée gratuite.

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>> FLORIAN CROUVEZIER <<

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