Vous rêvez de vous mettre à l’abri de la chaleur tout en découvrant un des trésors historiques de Strasbourg ? Alors venez faire un tour du côté de la cave des hospices.

Il vous faudra pour cela oser pénétrer dans l’ensemble aussi gigantesque que disparate qu’est l’hôpital civil de Strasbourg. Rassurez vous, la cave est située à l’entrée du côté de la tour et elle est facile à trouver (contrairement à certaines salles de cours de l’institut d’anatomie !). Puis il vous faudra descendre un petit escalier qui mène… à la cave pardi ! Enfin, l’air frais s’offrira à vous, prenez-en une bonne bouffée mais attention, quelque effluves de vin embaument l’air car cette cave historique est avant tout une cave à vin. Et pas des moindre puisqu’elle recèle le vin blanc le plus vieux du monde conservé en tonneau !

Le plus vieux vin blanc conservé en tonneau du monde !

Une cave à vin au sein d’un hôpital… quelle drôle d’idée !

Eh bien pas tant que ça. Figurez-vous qu’au Moyen Age, l’or était rare et seulement 10% des patients pouvaient payer avec. Les autres réglaient donc en nature (une partie de la récolte ou des terres agricoles). Ce qui permettait du même coup l’autosuffisance alimentaire de l’hôpital qui, à cette époque, accueillait surtout des pèlerins et des pauvres, plus que des malades.

La visite débute par un espace qui fait office de magasin, avec notamment tout un flan consacré aux vins alsaciens de vignerons partenaires, car aussi historique soit-elle, la cave n’a pas encore été mise à la retraite et on y trouve une cinquantaine de fûts encore en utilisation. De quoi faire quelques emplettes au retour : Muscat, Pinot blanc, Sylvaner, Riesling, Pinot gris, Klevener, Gewurztraminer ou Pinot noir, tous d’A.O.C. Alsace ou Alsace Grand Cru.

Une fois la porte en fer forgée dépassée, vous aurez la possibilité de flâner sur quelques dizaines de mètres dans un vieux souterrain voûté. Il contournait la ville et joignait les quatorze tours du mur d’enceinte (ne subsiste plus que celle de l’hôpital justement). Ce qui permettait de transporter des vivres en cas d’attaques ennemies.

Puis se dévoile la cave proprement dite, superbe avec ses dalles, sa voûte et ses piliers. D’une surface de 1200m2, elle s’étale toute en longueur sur près de 80 mètres, avec de chaque côté des dizaines de tonneaux alignés. Sa première pierre fut posée en 1395 ; c’est donc la partie la plus ancienne de l’hôpital.

Qui n’a jamais eu l’idée de s’enivrer avec un vin vieux de 500 ans ?

La pièce maîtresse de la cave, c’est donc ce vin blanc de 1472, le plus vieux du monde conservé en tonneau. C’est un vin d’Alsace mais dont on ignore le cépage. Une chose est sûre par contre : c’est toujours du vin ! (et non pas du vinaigre). Des analyses menées par des œnologues l’ont confirmé en 1994. Mais attention à l’abus, avec un pH à 2,28, il y a de quoi donner de bonnes aigreurs d’estomac. Enfin, il y a peu de chance qu’on vous en offre un verre car il n’a été servit qu’à trois occasions. Il fallait que cela en vaille la peine. La première fois, ce fut en 1576 à des Zurichois parce qu’ils avaient prouvé qu’ils pourraient accourir rapidement pour venir en aide à leurs alliés Strasbourgeois (on retrouve cette histoire sur la fontaine des Zurichois place du Pont-aux-Chats). La seconde en 1718, pour célébrer la reconstruction du bâtiment après un incendie. Et enfin, en 1944 lors de la libération de la ville, un verre fut offert au général Leclerc.

Plus loin, on peut apercevoir une bouteille transparente qui permet d’admirer sa robe brillante de couleur ambrée, une couleur due au vieillissement en fût de chêne.

À côté se trouve aussi le plus gros tonneau de la cave. C’est ce qu’on appelle un foudre. Avec ses 3m de diamètre et sa contenance de 26.000 litres, il est tout simplement énorme. Il fut pourtant déplacé en 1900 pour être exposé à l’exposition universelle de Paris. Vous pourrez également admirer un pressoir daté de 1727 et un égouttoir à bouteilles qui n’est malheureusement pas le premier Ready-made de Marcel Duchamp (c’est une cave, pas une galerie d’art contemporain, je vous le rappelle).

C’est qu’il s’en passait des choses louches dans les caves de l’hôpital…

Une petite anecdote pour finir. Au bout de la cave se trouve une porte en métal, interdite d’accès au public. Elle donne sur une chambre souterraine qui n’est autre que l’ancien Theatrum Anatomicum qui était utilisé par les médecins pour montrer des dissections à leur étudiants. L’Église réprouvait cette pratique et l’Inquisition punissait de mort pour sorcellerie toute personne pratiquant l’anatomie. L’endroit était donc très secret. On amenait clandestinement des corps de personnes exécutées au pont des supplices (aujourd’hui pont du corbeau – note à ceux qui se prennent en photo dessus en souriant : pendant des siècles les condamnées étaient immergés dans l’Ill jusqu’à ce que mort s’en suive donc oui c’est un peu notre pont des soupirs à nous). Puis on les passait par un soupirail qu’on aperçoit encore près de l’entrée de l’hôpital. Le tout pile sous la chapelle protestante, ça vous donne une idée du tableau !Aujourd’hui y sont stockés les meilleurs crus, donc de futurs cadavres également… mais de bouteilles !

Sur ce je vous laisse méditer cette maxime gravée sur un tonneau :

« le bon vin réjouit le cœur de l’homme ».

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CAVE HISTORIQUE DES HOSPICES DE STRASBOURG :
1, Place de l’Hôpital
F – 67091 STRASBOURG Cedex
Tél. 03 88 11 64 50

L’entrée est gratuite mais pour 3€, vous pourrez vous procurez un audioguide à l’accueil. À noter que tous les bénéfices fait par la cave sont intégralement investis dans du matériel médical pour les hôpitaux de Strasbourg.

Ouvert du lundi au vendredi de 8h30 à 12h00 et de 13h30 à 17h30 et le samedi de 9h00 à 12h30.

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>> FLORIAN CROUVEZIER <<

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