Strasbourg, capitale de Noël, Strasbourg, capitale du vélo mais Strasbourg à la traîne quand il s’agit de qualité de l’air. Si aujourd’hui notre ville semble être reconnue dans le domaine de l’environnement – 3ème ville verte de France – elle doit tout de même faire face aux professionnels de santé et aux associations qui souhaitent depuis quelques années montrer la réalité de la pollution atmosphérique. Pics de pollution, allergies et maladies représentent le trio magique lié à la mauvaise qualité de l’air dans la capitale alsacienne. Et vu que les particules fines ne sont pas à la mode, on a rencontré Thomas Bourdrel, radiologue, pour dépoussiérer la question.

Thomas Bourdrel, radiologue

C’est après le pic de pollution pendant les municipales de 2014 que l’idée du collectif Strasbourg Respire prend racine dans l’esprit du docteur Thomas Bourdrel. Alors que les élus ne parlent pas de la pollution atmosphérique, les impacts sur la population (cancers, asthme, allergies ou encore AVC) deviennent monnaie courante dans les villes les plus pollués où les particules fines ne cessent de proliférer. Pour y faire face, plus de 120 médecins ont signé l’appel du collectif pour mettre sur le devant de la scène le problème de la pollution de l’air à Strasbourg.

Mais dis moi Jamy, c’est quoi les particules fines ?

C’est pas sorcier Fred ! Ce sont des microparticules présentent dans l’atmosphère : elles proviennent du trafic routier, essentiellement à cause des moteurs diesel, mais également de l’agriculture, de l’industrie ou encore du chauffage individuel (notamment par l’utilisation du bois). « Les pics de pollution sont une des conséquences des particules fines, qui affectent essentiellement les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants ou encore les personnes atteintes de problèmes respiratoires », m’explique docteur Bourdrel.

Elles réduisent notre espérance de vie et entraînent des maladies. Et si comme moi tu es une victime du pollen, là encore, les particules fines rentrent en jeu car elles permettent une plus grande prolifération.

Mais pourquoi la qualité de l’air dans l’euro-métropole est mauvaise ?

Géographiquement parlant, la ville a un emplacement « de cuvette » entre deux massifs montagneux, les Vosges et la Forêt-Noire. De plus, la ville est peu exposée aux vents ce qui permet aux particules fines de stagner dans l’air. D’après Thomas Bourdrel, il faudrait « utiliser cette situation de cuvette et la transformer en force, en accueillant des jeunes chercheurs pour trouver des solutions à ce problème géographique. Sur le long terme, Strasbourg pourrait alors devenir une sorte d’école d’observation et d’avancée scientifique sur la qualité de l’air ».

Et la solution dans tout ça ?

La fin du diesel est une première solution. Quand on prend l’exemple de Tokyo qui a stoppé l’utilisation de ce carburant depuis 2000, on remarque aujourd’hui que la pollution aux particules a diminué de 50%, suivi d’une baisse de la mortalité. Pour Thomas Bourdrel, « le développement d’espaces verts ou encore une baisse du prix des transports en commun permettraient sur le long terme une réduction de la pollution atmosphérique et une baisse de la mortalité. »

Parallèlement, la ville de Strasbourg semble faire fausse route en ce qui concerne la rénovation de l’incinérateur, qui va à l’encontre de la santé des habitants. L’association Zéro Déchet appelle notamment les élus à revoir le projet pour un incinérateur d’une taille plus faible et en adéquation avec les problématiques futurs.

Le collectif Strasbourg Respire mais également FamilyAir, qui regroupe des parents, des enseignants et des personnels de la petite enfance, souhaitent sensibiliser au fait que les pics de pollution sont trop nombreux à Strasbourg, et qu’il est au tour de la ville de prendre au sérieux les revendications.

Illustration de Cyrille Meyer pour FamilyAir

Si la Commission européenne a renvoyé six États membres devant la Cour de justice de l’UE, dont la France, pour « non-respect des valeurs limites de qualité de l’air fixées et manquement à l’obligation de prendre des mesures appropriées », c’est aussi aux habitants de faire entendre leurs voix pour faire bouger les choses. Tout le monde doit connaître la réalité de la situation. La pollution de l’air coûte plus de 100 milliards d’euros en dépenses de santé à la France d’après le Sénat et elle est aussi la cause de plus de 500 000 morts en Europe en 2017, dont au minimum 40 000 en France.

Au final, si on peut penser que Strasbourg est très écolo, c’est essentiellement dans les choses que l’on voit. Par exemple le développement non stop des vélos, l’ouverture de magasins bios etc.. mais quand on s’intéresse aux choses que l’on ne voit pas, comme l’air, on se rend compte assez facilement que ce n’est qu’une façade. Dans le rapport de l’OMS de 2016, Strasbourg est 4ème dans le classement des villes les plus pollués, derrière Paris, Marseille et Lille. Pour mieux comprendre cette problématique de la qualité de l’air, il suffit d’écouter les explications de Jamy ou de prendre 2 min après ta série pour mieux comprendre la situation parce que la qualité de l’air affecte tout le monde.

Alors, prêt à être au top de la mode et porter des masques dans la rue comme nos amis japonais ?

Illustration de Cyrille Meyer pour FamilyAir
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