Sorti hier, le court-métrage « Négatifs » du vidéaste et photographe Jérémy Morlot fait la lumière sur la relation entre un photographe et ses modèles, mettant à mal le cliché qui veut que tous les photographes sont des pervers et tous les modèles sont au mieux des filles naïves, au pire des femmes débauchées… En 13 minutes, le strasbourgeois raconte un lien bien plus complexe entre l’artiste et sa muse au moyen d’images délicates liées par une voix off bienveillante.

Ce court-métrage, Jérémy en a eu l’idée il y a un an, alors qu’il développait ses derniers tirages dans les toilettes de son logement aménagées en chambre noire pour l’occasion : « J’ai toujours voulu écrire un scénario, une histoire à moi pour la réaliser ensuite, mais j’ai vite réalisé que je n’y arrivais pas. Je passais des heures à écrire des trucs assez déliés qui finissaient à la poubelle faute d’être satisfaisants… Et puis un jour en faisant des tirages, j’ai compris que mon histoire à moi elle était là, dans cette démarche photographique. » Le strasbourgeois, vidéaste professionnel pour le compte d’une agence de communication locale, est en effet photographe amateur à ses heures perdues, avec une préférence marquée pour la photographie argentique (c’est-à-dire sur pellicule) : « Cette pratique, c’est un prétexte pour rencontrer des personnes que je ne rencontrerais pas dans la vie à travers mes cercles logiques qu’ils soient professionnels ou amicaux. C’est le vrai pouvoir de la photographie, ça rassemble autour d’un moment fort. »

Si Jérémy a souhaité partager ce moment intime avec son modèle et solitaire face à ses tirages avec le grand public c’est autant pour démystifier la photographie argentique, que l’on présente à tort comme une pratique obsolète et révolue, que pour détromper tous ceux qui fantasment la réalité de son travail : « Quand je dis que je fais des photos, de femmes parfois dénudées, on me cite souvent le personnage de François Damiens dans le film Dikkenek. C’est vexant parce que je n’ai pas l’impression que mes photos sont vulgaires. Au contraire, je veux montrer qu’on peut faire quelque chose d’élégant avec le corps. Ce film, je l’ai moins fait pour moi que pour les autres. » De l’élégance, le film qu’il a entièrement auto-produit ou comme il aime le dire bricolé en est empli : images douces, narration bienveillante et musique orchestrale, c’est une immersion totale que se voit proposer le spectateur dans le jeu magique de l’alchimie humaine et de la chimie argentique, du shooting au développement.

Au total Jérémy a filmé ses séances avec une vingtaine de modèles. Il a cependant préféré mettre en scène son ami Félix, qui a également composé la musique du film, dans le rôle du photographe : « C’est ma vision de la photographie argentique et de la relation entre le photographe et ses modèles mais je crois que le propos est assez universel. Je ne voulais pas entrer dans une démarche narcissique et puis je ne pouvais pas me filmer moi en train de photographier et de développer ! C’est un film bricolé comme ma pratique puisque je développe dans les chiottes et je tire sur le plancher entre les poils de chat. » Néanmoins Jérémy aimerait bien mettre à l’épreuve sa vision en réalisant des portraits vidéos de photographes aux univers peut-être proches, peut-être éloignés du sien : « C’est mon but cette année… Encore un prétexte pour faire des rencontres ! » Ami.e.s modèles, ami.e.s photographes, n’hésitez pas à le contacter : Négatifs 2 ne dépend que de vous, et nous on n’en peut déjà plus d’attendre.


Dévorez le travail de Jérémy sur son site et suivez-le sur Instagram.

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