Devenir propriétaires d’une maison pour 20.000€ ? Aude et Ulysse l’ont fait. À 27 et 25 ans seulement, ces deux citadins strasbourgeois ont voulu en finir avec leur statut de locataires. Problème : à Strasbourg, l’accès à la propriété se paie cher… Peu enclins à s’endetter sur 20 ans pour un logement aux voisins aléatoires et au quartier changeant, Aude et Ulysse ont finalement opté pour la tiny house.

  • Mais qu’est-ce qu’une tiny house ?

Au croisement entre la caravane et le chalet, la tiny house (ou micro-maison en français) a été popularisée par le designer américain Jay Shafer au début des années 2000. À l’origine du Tiny House Movement (ou Mouvement des Micro-maisons), cet autodidacte du bâtiment a construit une douzaine de tiny houses et a vécu dans trois d’entre-elles ces 20 dernières années. Ce format réduit d’habitation mobile, il l’a imaginé en opposition aux gigantesques maisons américaines dont la surface moyenne dépasse aujourd’hui 230 mètres carrés pour une famille seule. À travers le concept de tiny house, le designer prône un retour à une vie simple, pour un coût plus abordable et une empreinte écologique moins importante qu’une habitation traditionnelle. En 2005, ce micro-habitat à moindre coût a permis de reloger des louisianais victimes de l’ouragan Katrina. Le concept s’est exporté en France en 2013 grâce au journaliste Yvan Saint-Jours, qui en commande une à son ami charpentier Bruno Thiery. Depuis, le normand s’est spécialisé dans la construction de tiny houses.

En haut : Jay Shafer devant sa tiny house (source) ; une tiny house similaire (source)
En bas : Bruno Thiery, premier constructeur français de tiny houses (source)

À l’intérieur d’une tiny house (source)

  • La première tiny house strasbourgeoise…

Ce concept de micro-habitat abordable, Aude et Ulysse le découvrent alors qu’ils cherchent à devenir propriétaires dans la ville de Strasbourg, où le prix moyen du mètre carré s’élève à 2.500€ : « On allait s’endetter sur 20 ans auprès d’une banque, pour une maison dont les voisins allaient changer, dans un quartier qui allait évoluer… C’était assez effrayant ! » En cherchant une alternative moins angoissante en ligne, ils tombent sur une vidéo Vimeo qui retrace l’histoire du mouvement des micro-maisons : le coup de cœur est immédiat. « On a adoré ce format d’habitation, réduit mais mobile, modulable et libre. » Ni une ni deux, Aude et Ulysse se lancent dans l’aventure. Après une visite à Bruno Thiery, charpentier normand et premier constructeur français de tiny houses, ils choisissent de construire eux-mêmes la micro-maison de leurs rêves : « Soit on en achetait une entre 35.000 et 70.000€, soit on se la construisait tout seuls pour 20.000€. Au-delà de cet aspect économique, on voulait vivre l’aventure du début à la fin, quitte à ne pas compter nos heures ! » Et c’est ainsi que depuis un an, l’entraîneuse sportive et l’intermittent régisseur se construisent une maison, dans le hangar du grand-père carrossier d’Aude qui leur a fourni des outils et les a formé au travail du bois : « Il nous a beaucoup aidé. On n’était pas du tout bricoleurs et c’est ça qui est bien aussi avec cette démarche : on découvre qu’on est capables. »

Aujourd’hui, Aude et Ulysse disposent de la structure de leur tiny house, ne manquent plus qu’un mur et un toit : « On compte mettre la gomme en décembre pour avoir une structure fermée rapidement, parce qu’on commence à bien se les peler dans ce hangar vosgien… ! » Cette structure mesure 6,30 mètres de long, 2,55 mètres de large et 4,10 mètres de haut, limites fixées par la réglementation. En tout, le couple disposera donc d’un logement de 18 mètres carrés : « Ça a l’air minuscule mais contrairement à une habitation traditionnelle, ici tout est réfléchi, tout est optimisé. Chez nous on a une armoire de fringues chacun et plein de pompes qui trainent dans l’entrée alors qu’on met toujours les mêmes… Vivre dans une tiny house c’est aussi devoir mieux penser ses achats parce qu’il n’y a pas de place pour le superflu, on va donner tout ce qui n’est pas essentiel ! » En plus de se diriger vers un mode de vie plus responsable, Aude et Ulysse sentent bien que ce nouvel espace de vie restreint va les encourager à sortir davantage : « On n’aura plus qu’à se réapproprier l’espace public, à donner plus d’importance et de valeur aux moments sociaux. »

Mais avant de se projeter dans une vie en tiny house, encore faudrait-il avoir un endroit où la poser. Pour l’instant un vide juridique entoure le micro-habitat qu’il est difficile d’assurer, puisqu’il ne correspond ni à un véhicule ni à une habitation en dur : « On est peu nombreux en France, et cinq ou six en Alsace. Ceux qu’on connaît se sont posés chez des particuliers, mais les mairies peuvent les chasser si elles le souhaitent… Le droit est encore peu avancé sur le sujet… » Dans l’idéal, Aude et Ulysse aimeraient pouvoir séjourner sur le terrain d’un particulier strasbourgeois la majeure partie de l’année, avant de prendre la route pour l’été avec une assurance appropriée. Pour cela, ils ont besoin de l’aval de la Ville de Strasbourg, qui approuvera sans aucun doute ce micro-habitat abordable et responsable…

Pour suivre l’avancement du projet d’Aude et Ulysse
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